Jianshui, ville d'érudits et de riches négociants
- fferrard
- 22 mars 2019
- 3 min de lecture

Après les rizières prodigieuses de Yuanyang (qui ont entièrement comblé la « frustration » que nous avions eue en 2002 de ne pas voir celles de Sapa dans le nord du Vietnam), nous remontons doucement la route vers le nord pour nous arrêter 120 km plus loin. Pendant deux jours nous partirons à la découverte de la ville de Jianshui, principalement connue pour y abriter le deuxième plus grand temple de Chine dédié au célèbre philosophe Confucius.
Nous faisons d’abord halte à Tuanshan, un ravissant village historique qui appartenait à la famille Zhang. Celle-ci a fait prospérer à elle seule le village grâce au commerce du sel. On peut y voir de magnifiques demeures traditionnelles, qui sont encore aujourd’hui habitées par les descendants Zhang (actuellement la 22ème génération), de superbes exemples d’architecture chinoise et de sculptures en bois. Il règne une certaine douceur bucolique dans les rues qui nous rappelle parfois des villages de Provence. Ici tout semble avoir échappé à l’évolution du temps. Les enfants apprécient les lieux à leur manière en jouant à cache-cache à travers les ruelles anciennes.
Sur la route vers Jianshui, nous passons par le 'Pont du Double Dragon', un des plus vieux de Chine. Long de 150 mètres, ce bel ouvrage du 18ème siècle est situé au confluent de deux rivières qui ondulent comme des dragons, d’où l’appellation du double dragon.
Nous gagnons enfin le vieux centre de Jianshui, où - surprise - nous avons une légère impression de nous retrouver quelque part en Europe : notre guest house se trouve au beau milieu d’une rue piétonnière. Une agréable sensation nous envahit tout à coup. Nous expliquons à notre hôte qu’en Europe beaucoup de villages et de villes renferment des rues réservées exclusivement aux piétons. Nous n’en avons pas vu une seule depuis le début de notre voyage jusqu’à aujourd’hui. Nous ressentons soudainement un certain manque et prenons en même temps conscience de la chance que nous avons de vivre en Europe. Pour la première fois, nous pouvons laisser gambader les enfants dans la ville l’esprit tranquille, sans être à l’affût de la circulation. La joie n’est pas de très longue durée car les Chinois, eux, sont toujours aux aguets et ont vite fait de repérer les petites têtes blondes de nos enfants qu’ils s’empressent de vouloir photographier indéfiniment, souvent de manière intempestive. Les enfants ne jouent plus tellement le jeu, agacés par la ferveur singulière de ce peuple qui semble obsédé par la capture récurrente d’images avec eux.
Mis à part cela, il est évident qu’une ville qui a su garder ses ruelles et son architecture d’antan, même restaurée, possède un charme certain. Jianshui renferme aussi des anciennes 'portes', comme à Bruxelles ou d’autres villes européennes d’ailleurs. Nous traversons la porte « Est » (Chaoyang gate), où chaque jour des locaux viennent poser une cage d’oiseaux en signe de bienveillance.
Nous poursuivons notre marche à travers la ville et visitons le grande temple de Confucius. Le site est impressionnant, les espaces immenses, les différents pavillons et salles d’études nombreux. L’accès au temple est précédé de deux longues allées entre lesquelles se trouve un immense étang en forme d’ellipse, recouvert de lotus et habité de poissons et de tortues au grand bonheur de Gabin et d’Arthur. Les lieux sont emplis de silence, ce qui rend la visite agréable. La visite est instructive aussi. On en apprend davantage sur cet érudit, ce penseur et sur les traces qu’il a laissées dans l’esprit des Chinois.
La journée se termine par une visite aux Jardins de Zuh, famille de riches commerçants qui avait construit en plein centre-ville une immense résidence contenant multiples cours intérieures, pavillons et jardins. La demeure, une des mieux conservées et/ou restaurée de Chine, s’étend sur près de deux hectares et hébergeait plus de 150 membres de la famille sur plusieurs générations… . A nouveau, cet endroit nous marque par la richesse de ses vestiges et par la quiétude qui y règne.
Après ces deux jours de culture bien remplis, nous prenons un verre avec notre guide local pour le remercier. En discutant, il nous raconte qu’il est passionné de musique et me demande si je ne suis pas trop « fatigué » pour lui jouer un peu de guitare (courtoisie asiatique oblige). Inutile d'insister ;-). Je sors la guitare et on termine cette belle journée en chantonnant à deux « Nothing ever happens » de Del Amitri. Je me rappellerai encore longtemps de cette fin de journée car je n’en reviens toujours pas d’avoir rencontré un Chinois, qui n’a jamais quitté son pays mais qui connait un groupe écossais des années ’80. C'est d'autant plus surréaliste que Del Amitri n’a pas connu un très grand succès même s’il a composé une chanson que j’ai adoré quand j’étais ado ! Un chouette moment de musique et de partage… .

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