top of page

Révolution culturelle, marchés locaux et terrasses de Yuanyang...

  • aschiettecatte
  • 20 mars 2019
  • 7 min de lecture


Aujourd’hui nous nous dirigeons vers la région de Yuanyang qui nous promet un spectacle éblouissant avec ses « miroirs du ciel », à savoir des terrasses en étage, sculptées depuis plus de 1.000 ans par les Hani. Réputées pour être les plus belles de toute la Chine, les rizières en terrasses s’étalent à perte de vue aux alentours de la vieille ville de Yuanyang.


Mais, avant d’arriver à destination, une très longue route nous attend (encore une ;-)). Notre chauffeur nous propose de faire un bref arrêt dans un village qui hébergea de nombreux étudiants venus travailler aux champs lors de la révolution culturelle de Mao Tse-Toung. La grande révolution culturelle représente l’un des événements marquants de l’histoire de la République populaire de Chine et fut lancée en 1966 par Mao afin de consolider son pouvoir en s’appuyant sur la jeunesse du pays. Mao veut purger le Parti communiste chinois de ses éléments « révisionnistes », les gens qui, selon lui, veulent réintroduire le capitalisme dans son pays.


Loin des circuits touristiques classiques, le village n’est répertorié nulle part et nous ne nous rappelons d’ailleurs même pas du nom… . Lorsque nous arpentons les quelques rues que constitue cet ancien bastion de la propagande de Mao, les traces de ce moment important de l’histoire de la Chine sont partout. Plusieurs fresques, peintures et slogans couvrent les murs du village… . A l’entrée de celui-ci, un portrait de Mao nous accueille sur une gigantesque fresque et on voit tout l’aura dont bénéficiait le leader du pays. Le village est tranquille et seul quelques vieilles personnes croisent notre chemin. Notre chauffeur joue au guide et nous emmène dans l’ancien quartier général, où, dans le patio central, les affaires du village étaient réglées et les dissidents, les traîtres étaient jugés entre 1966 et 1969. Les salles qui entourent la cour principale abritent aujourd’hui une sorte de musée commémoratif de cette révolution culturelle. On y voit de nombreuses photos, des revues de presse de l’époque et des dessins ou objets de propagande où l’on incitait à dénoncer tout opposant au parti et/ou à rejoindre l’armée rouge. Les gardes rouges, groupes de jeunes Chinois, sont le bras actif de la révolution culturelle. Ces gardes sont des jeunes, des étudiants et des collégiens, fils ou filles de paysans pauvres, d’ouvriers, de soldats ou de cadres révolutionnaires. Organisant des défilés, équipés de millions d'exemplaire du « petit livre rouge » (un résumé des pensées de Mao), ils dénoncent les autorités dans tous les domaines. La jeunesse est ainsi incitée à remettre en cause toute hiérarchie, notamment celle du Parti communiste alors en poste. Les intellectuels sont publiquement humiliés, les bibliothèques épurées des livres jugés dangereux, des œuvres d'art sont détruites, les mandarins et les élites bafouées, de nombreuses valeurs culturelles chinoises et de nouvelles valeurs occidentales sont dénoncées au nom de la supériorité du peuple et de ses droits. Les opposants à la révolution culturelle s'organisent et ripostent ; il y a des heurts sanglants entre les deux camps. Comme souvent, cette révolution est responsable de la mort de centaines de milliers de personnes (voire de plusieurs millions).



En discutant avec notre chauffeur, je me rends compte que nombreux sont les chinois qui vouent un véritable culte à Mao Tse Toung, encore aujourd’hui. Ils voient en lui le sauveur de la nation et clament haut et fort que, grâce à lui, leur niveau de vie s’est considérablement amélioré. Et ce, peu importe les exécutions et les tortures perpétrées au nom de la supériorité du collectif.


Cette halte est très instructive et nous permet d’entrevoir un pan de l’Histoire de la Chine sous un angle particulier. Nous reprenons la route, interpellés par ce que nous avons vu, et les enfants, surtout Manon, posent beaucoup de questions sur les faits qui se sont passés ici il y a plus de 50 ans. Cela nous oblige à réviser nos cours d’histoire et c’est ce qui rend le voyage si intéressant.


Finalement, après plusieurs heures de route, nous nous arrêtons enfin pour apercevoir nos premières rizières, juste avant le coucher du soleil. Par chance, nous ne sommes suivis d’aucun car chinois et sommes donc presque entièrement seuls. Le moins que l’on puisse dire c’est que nous n’avons pas été dupés. Le spectacle qui s’offre à nos yeux est tout simplement magnifique. Indescriptible. Oubliés les villes et villages ultra-bétonnés rencontrés en chemin. Ici la nature est partout (enfin, presque). Le soleil se reflète sur les terrasses sous eaux et nous offre des miroirs de teinte bleue, grise, brune, verte et même rouge. Dans ce cadre unique, un Yi passe à côté de nous, à pied, ramenant ses buffles à la maison alors qu’un autre rentre également chez lui, les outils sur l’épaule, après une lourde journée de labeur. On savoure pleinement cet instant d’authenticité pure.



On loge dans un de ces nombreux villages où les buffles, les cochons et les poules se promènent dans les petites ruelles raides… . On croise peu de monde et, à notre grand étonnement, les enfants sont plutôt agressifs. On ne sait pas pourquoi. Est-ce la barrière de la langue et la crainte de l’étranger qui les poussent à nous lancer des pierres ? Il est vrai que, depuis notre arrivée en Chine, nous n’avons croisé aucun touriste occidental… . Demain, une autre journée au milieu des rizières nous attend ainsi qu’un petit tour au marché local.


Nous avons choisi de découvrir le Yunnan pour son authenticité. Sur les 56 minorités ethniques officielles de Chine, 26 sont présentes dans la province. Malgré l’influence chinoise de la majorité Han, toutes les différentes communautés ont réussi à garder leur identité propre. Sur la route, nous croisons des hommes mais aussi et surtout beaucoup de femmes transportant sur leur dos des denrées et produits de l’artisanat local qu’ils espèrent vendre sur les marchés. Dans la région de Yuanyang, plusieurs minorités, Yi, Yao, Miao, Hani, Zhuang,… se croisent et il suffit de se rendre au marché matinal pour les observer vendre ou acheter leurs marchandises, vêtues de leurs habits traditionnels.


Pour la première fois depuis notre arrivée dans ce vaste pays, on retrouve une Chine authentique, celle tant recherchée. Ici, on remonte des décennies en arrière et on sent très vite, aux nombreux regards curieux que suscite notre présence, que peu de touristes étrangers viennent habituellement jusqu’ici. Quelques vieilles dames me sourient et me félicitent en geste d’avoir 3 enfants, chose encore impensable il y a quelques années dans le pays de contrôle de naissance. Mais il faut avouer qu’il n’y a pas vraiment d’échange, les locaux ne nous 'calculent’ pas… ils sont là pour négocier, vendre ou acheter, tout simplement. Déjà habitué aux marchés locaux au Laos ou au Cambodge, on ne s’étonne plus de voir une tête de cochon étalée sur une table ni de trébucher sur des milliers de cages renfermant coqs, poulets, canards,… . Mais on reste néanmoins fasciné par cette culture si différente de la nôtre et on capte chaque information avec nos yeux, notre odorat et notre ouïe !

A côté des animaux, morts ou vivants, le stinky tofu est évidemment omniprésent. Le mets est, paraît-il, délicieux, mais nous n’y goûterons pas car son odeur nauséabonde l’emporte sur la curiosité.



Outre les denrées présentes, ce qui me fascine surtout lorsque je déambule dans les artères du marché, ce sont les costumes traditionnels dont sont parées les femmes appartenant aux différentes ethnies. J’ouvre grand les yeux et suis émerveillée par les couleurs, les motifs détaillés, les coiffes,… . Malgré leur âge souvent avancé, je trouve ces femmes belles. On distingue dans chacun de leurs costumes, même si au sein d’une même ethnie de nombreuses similitudes, quelques petites touches personnelles, que ce soit dans le choix des couleurs ou des motifs, ajoutées à la main, et qui sont l’expression de leur personnalité. Les rides sur leurs visages abîmés par le soleil cachent une vie probablement dure, dans les champs, mais certainement pas dépourvue de bonheur. Le sourire que m’offre certaines d’entre elles, avec leurs yeux qui pétillent toujours malgré la vieillesse, est empreint d’une telle douceur et de tant de bonté qu’il me va droit au coeur. La plupart, jeunes ou plus âgées, portent sur leur dos, un enfant, souvent endormi, bien emmitouflé dans ces tissus de couleur vive. Dans cet environnement sinistre gris et bétonné, la présence de toutes ces couleurs est un enchantement ! Bien que ce marché soit surtout fréquenté par les femmes, on y croise aussi des hommes, plus discrets avec leurs costumes foncés. Les générations se croisent et quelques 'vieux' fument la pipe en attendant que la journée se passe… . Le marché joue un rôle social évident. Il suffit de s'arrêter quelques instants pour se rendre compte que les échanges entre hommes et femmes sont nombreux. Ici, on partage ses joies et ses peines, on vient "aux nouvelles" ... et on imagine aisément que venir au marché est un moment attendu par chacun.



Après notre petit tour au marché, nous repartons admirer d’autres rizières… encore plus étendues et plus nombreuses que la veille. Le temps est couvert et je sais déjà que le rendu de mes photos ne sera pas à la hauteur de la beauté qui s'étend devant nous. Mais ce brouillard confère au lieu un côté mystique qui rend ces rizières encore plus belles. Ces terrasses sont une pure merveille. Malheureusement, le gouvernement, ayant flairé un bon filon touristique, aménage la région afin de pouvoir accueillir en masse ses propres touristes pendant les mois d’affluence. En résulte, un paysage abîmé, voire détruit par endroit avec des bâtiments reconstruits tout récemment. En effet, les minorités et notamment les Hani, avec leur habitat traditionnel dont le toit est en forme de champignon, ont reçu de fortes sommes de la part du pouvoir central afin de reconstruire leurs maisons avec plus de confort et offrir une 'plus belle image' de la Chine. C’est tout simplement incompréhensible. Comment peut-on détruire son propre patrimoine culturel et naturel pour en faire une sorte de village musée, une attraction à la « Disney » ?

Evidemment, les Hani voient tout cela d’un très bon oeil. Bien que déjà riches, leurs conditions de vie au quotidien se sont nettement améliorées !


Demain, nous quittons cette région montagneuse pour découvrir Jianshui, ville de lettrés et de riches commerçants.

Comentarios


© 2019 Créé par la famille Ferrard avec Wix.com

    bottom of page